Les sels de nitrates, un ennemi invisible

  • Les nitrates sont présents partout. Leur origine est surtout agricole du fait de l'usage industriel des engrais par les agriculteurs. Mais les nitrates proviennent également des déjections animales et humaines (fosse septique), ancien élevage, porcherie, étable, poulailler, etc.
  • Il ne faut pas oublier, par exemple, que pendant la guerre 1914-18, de nombreux habitants des villes ont transformé une de leur pièce en porcherie ou en poulailler pour pouvoir manger tout simplement. De ce fait, les nitrates se sont introduits en ville également ou via les toilettes de l'époque et les puits perdus qui ont pollué les nappes phréatiques, les nitrates remontant alors par capillarité dans les constructions anciennes dont les bases n'étaient pas protégées de l'humidité ascensionnelle.
  • Le nom commun des nitrates est "salpêtre".

Il en résulte que pratiquement toutes les anciennes maisons ont subis des remontées de nitrates, mais très peu de professionnels, d'entrepreneurs et d'architectes en sont conscients. Cette carte montre les concentrations de nitrate dans les sols. En région Liégeoise, on a 40 à 50 mg/L, mais cette concentration peut être dix fois supérieure dans les maisons anciennes !

Le problème

  • Ces nitrates forment alors des sels dont le plus connu est le nitrate de potassium ou "salpêtre" et dont les manifestations les plus visibles se trouvent fréquemment en cave avec l'apparition d'une mousse blanchâtre sur les maçonneries.
  • En voici un exemple sur un crépis autour d'une fenêtre d'une vieille maison.
  • Mais, il y a des manifestations bien plus spectaculaire en plein air au rez-de-chaussée d'une cour, par exemple.

  1. Toutefois, dans la plupart des cas, ces sels sont invisibles, mais ils perturbent quand même le quotidien des habitants des lieux infectés.
  2. En effet, qui dit "sel" dit automatiquement "hydrophile" ou "hygroscopique", c.-à-d. la faculté de ces sels d'absorber l'humidité de l'air ambiant dans un local, un immeuble, un garage, etc. même s'il n'y a pas ou s'il n'y a plus d'humidité ascensionnelle.
  3. Il est donc fréquent d'être appelé pour constater une présence d'humidité dans un rez-de-chaussée alors qu'il vient d'être complètement traité à grand frais contre l'humidité ascensionnelle, que tous les murs ont été replafonnés et que, malgré tout, les sels réapparaissent en surface faisant décoller le papier peint ou modifiant la couleur posée sur les murs (taches blanchâtres ou plus claires).
  4. Un simple test avec une bandelette réactive aux sels de nitrate montre une concentration de sels de 100 à 500 mg/L, parfois encore plus !

Le constat

  • Voici l'ancienne salle de bains au rez-de-chaussée d'une maison. Après l'enlèvement des plaques couvrant les murs, on tombe sur des moellons anciens badigeonnés de chaux, vraisemblablement une ancienne étable.
  • On voit bien qu'il y a une humidité ascensionnelle importante à la base des murs, avec même un noircissement prononcé des moellons. Donc, un traitement par injection d'hydrofuge a été envisagé.
  • Mais aucune des firmes contactées, pourtant bien connues sur le marché, n'a eu la présence d'esprit de vérifier s'il y avait des nitrates !
  • Mes bandelettes réactives ont révélé 500 mg/L de nitrates à 90 cm et 2,50 m de hauteur. En effet, les sels hydrophiles peuvent monter bien plus haut que l'humidité ascensionnelle normale qui n'atteint que 1 m de hauteur en général. Et pourtant, il n'y a pas de salpêtre visible sur ces murs ! Les sels sont dans les moellons, les joints de mortier et la peinture.
  • Le nouveau propriétaire craignait même que le fait d'avoir posé des plaques sur les moellons était un vice caché volontairement, donc un dol. Heureusement, il n'en était rien comme l'atteste la présence de plusieurs couches de couleur sur les plaques qui sont donc antérieures de plusieurs années à la vente de l'immeuble.
  • Le propriétaire précédent n'a donc rien voulu cacher, mais il a seulement voulu se prémunir et s'isoler, au propre comme au figuré, de l'humidité ascensionnelle présente naturellement dans les anciens murs, les plaques étant garnies d'une isolation en polystyrène extrudé qui a fait barrage, sans le savoir, aux sels de nitrate.

Les remèdes

Je précise d'abord qu'il est impossible d'enlever les nitrates présents dans les murs. Ils sont là définitivement; ils voyagent avec l'humidité ascensionnelle, mais également avec l'humidité de l'air ambiant qu'ils captent et qui leur sert alors de véhicule pour progresser bien plus loin dans les maçonneries et les nouveaux plafonnages appliqués dessus sans discernement.

  1. Ma solution préférée est donc, le cimentage et le badigeon étanche au salpêtre appliqué directement sur les murs : il s'agit, en général, d'une résine époxy telle que le TECHNICURE AS de TECHNICHEM. C'est la solution la plus simple.
  2. Il y a une autre solution permettant d'isoler les plafonnages des murs imbibés de nitrates, celle qui consiste à poser sur les murs une membrane à nopes, type PLATON ou DÖRKEN, les nopes dirigées vers le mur pour garantir une lame d'air permanente, la membrane étant garnie d'un treillis côté visible pour permettre l’accrochage d'un plafonnage. Cette méthode a comme inconvénient qu'il est difficile ensuite de monter sur les mur des étagères, du mobilier de cuisine suspendu ou de simples tableaux ! De plus, tous les appareillages, qu'ils soient électriques, sanitaires ou chauffages doivent traverser cette membrane, d'où un risque de passage des sels du mur vers les nouveaux plafonnages.
  3. La troisième solution est de réaliser une contre cloison en plaques de plâtre sur ossature MetalStud, avec ou sans isolation, en veillant à ce que les nouvelles plaques de plâtres ne touchent ni les sols, eux même imbibés de nitrate, ni les anciens murs ! Cette solution permet d'isoler l'immeuble de l'intérieur en sus, mais en perdant ici l'inertie thermique des murs massifs et épais en moellons.

© 2014 - Jean GLAUDE, ingénieur civil architecte